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Au début de la via ferrata, je trippais.

La nouveauté me séduisait. Le feeling me faisait capoter. J’étais accrochée à une montagne, entourée d’un décor spectaculaire, en train de vivre quelque chose que je n’avais jamais fait.

J’aimais ça.

À un certain moment, je n’avais plus de prises pour les mains. Rien à agripper. Les premiers feelings passés, la peur m’a attrapé. Le ptit pont en corde (une corde tendue pour traverser le ravin – on dirait qu’elle n’est jamais assez tendue, on va se le dire!) Après, je n’avais que la paroi contre laquelle m’appuyer pour garder mon équilibre.

Wooo.

J’étais bien sécurisée. Je le savais. Mon harnais était attaché et mon équipement faisait sa job. Je n’ai pas le vertige.

Mais pour vrai… c’est haut en maudit.

Entre savoir que tu es en sécurité et réussir à convaincre ton corps de continuer, il y a parfois tout un monde.

J’avais déjà vécu exactement la même chose

Ce moment sur la paroi a mis en lumière un pattern que je n’avais jamais vraiment remarqué.

Quand j’ai commencé à faire de la moto, j’ai trippé. La nouveauté, la liberté, le feeling : j’aimais tout.

Puis j’ai eu peur. La moto est forte. Plus forte que moi. Dans un banal exercice, je suis tombée sur une clôture (exercice de contre-poids intense) Jme suis pas fait mal. J’ai un peu grafigné le muffler de ma moto. 🙁  Après cet événement, j’ai dû travailler pas mal fort pour être à l’aise. Ça prenait une volonté de ouff.

Ça a été la même chose avec l’aviation. Au début, j’ai trippé. J’étais fascinée de me retrouver aux commandes d’un avion. J’ai fait 10h de vol. J’étais presque rendue à voler en solo. Décoller toute seule, atterrir toute seule. La chienne m’a pogné. C’était un ptit Cessna, ça vole pas si haut que ça, mais tsé, après avoir pratiqué différents décrochages…. tu te dis : « Ouan… si je décroche pis que je rattrape pas mon décrochage, je crève drette là! »

Faque la peur est arrivée.

J’ai aussi sauté en parachute. Pendant toute la descente, je n’ai pas eu peur. J’ai adoré l’expérience. Mais lorsqu’on m’a proposé d’apprendre à sauter seule, quelque chose en moi a reculé. J’ai pas une peur importante. Mais un ptit ishh… Faut tirer sur les bonnes cordes au bon moment haha

J’ai fait du parapente en tandem et, encore une fois, je n’ai pas eu peur. J’étais accompagnée. Je pouvais profiter du vol et du paysage.

Mais quand on m’a parlé de suivre la formation pour me certifier et voler seule, j’ai reculé. Pourquoi reculer,… on voit d’emblée que la personne qui fait du parapente doit en faire toute l’année parce que sinon, elle est en danger au printemps avec ses premiers vols de la saison.

Ce n’est donc pas l’altitude qui me fait peur.

Ce n’est pas la vitesse.

Ce n’est même pas le danger.

Ce qui me fait peur, c’est le moment où je dois passer de l’expérience à la maîtrise. Du tandem au vol en solo. Du plaisir de la découverte à la responsabilité de continuer par moi-même.

Je n’ai pas peur d’essayer.

J’ai peur du moment où je ne peux plus seulement me laisser porter par la nouveauté.

Quand il ne reste que la paroi

C’est exactement ce qui s’est passé pendant la via ferrata.

Tant que j’avais des prises auxquelles m’agripper, j’avançais. Mais lorsque je n’ai eu que la paroi pour m’appuyer, la peur m’a saisie. Pis on s’entend là, l’angle de la pierre pour s’accoter est pas très convaincante! haha

Pourtant, j’étais toujours aussi bien attachée.

Le danger n’avait pas soudainement augmenté. C’était ma perception qui avait changé. Je ne voyais plus ce qui me retenait. Je ne sentais plus de prise ferme sous mes mains.

Je devais faire confiance à mes pieds, à mon équipement, à mon corps et à ce que j’avais appris.

Je devais surtout accepter d’avancer sans avoir l’impression de tout contrôler.

Et ça, c’est une autre sorte de courage.

Je ne recule pas devant l’aventure

Pendant longtemps, j’aurais pu raconter ces expériences en disant que je suis courageuse au début, puis que je deviens peureuse.

Mais ce serait trop simple.

Je suis capable de monter sur une moto, de prendre les commandes d’un avion, de sauter d’un avion et de m’élancer en parapente. Ce n’est quand même pas rien.

Je ne recule pas devant l’aventure.

Je recule parfois devant l’étape suivante : celle où l’émerveillement doit devenir un engagement. Celle où je dois pratiquer assez longtemps pour devenir compétente. Celle où je porte davantage la responsabilité de mes décisions.

Au départ, l’adrénaline me pousse.

Ensuite, pour continuer, j’ai besoin d’autre chose.

J’ai besoin de discipline, de confiance et de répétition. J’ai besoin d’accepter de ne pas être tout de suite en pleine maîtrise. J’ai besoin de rester assez longtemps dans l’inconfort pour découvrir de quoi je suis réellement capable.

La peur n’est peut-être pas un signal d’arrêt

La via ferrata m’a obligée à regarder cette peur autrement.

Elle n’arrive pas nécessairement pour me dire : « Tu ne devrais pas faire ça. »

Elle arrive peut-être pour me dire : « Là, tu ne fais plus seulement essayer. Tu es en train d’apprendre à te faire confiance. »

Je sais très bien commencer. Je sais plonger dans une expérience, goûter à l’intensité et m’émerveiller.

Ce que je veux maintenant apprendre, c’est à rester lorsque le feeling du début est passé.

À ne pas confondre la fin de l’adrénaline avec la fin de mon envie.

À ne pas prendre la peur pour une preuve que je ne suis pas faite pour ça.

À continuer suffisamment longtemps pour que ce qui m’effraie devienne un jour quelque chose que je maîtrise.

Sur la paroi, je n’avais pas besoin de voir tout le chemin. Je devais seulement trouver le prochain endroit où poser mon pied, respirer et avancer.

Un mouvement à la fois.

Peut-être que ma prochaine aventure ne sera pas de découvrir quelque chose de nouveau.

Peut-être que ce sera de ne pas reculer lorsque viendra le moment de continuer seule.